KALILA...

mardi 24 septembre 2013

Aimer comme un gamin à un âge où l'on n'en est plus un...

 

 

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Ce matin-là, elle traînait son spleen, évitant tant bien que mal les déjections canines.

Elle stagnait sur un trottoir trop étroit et trépignait en essayant de dépasser un petit vieux maladroit. Un petit vieux à chapeau qui prenait toute la place et qui n'avançait pas. Un petit vieux et elle, sur un trottoir qui n'était pas fait pour y tenir à deux à la fois.

 

Un téléphone sonna. Une mélodie has been s'échappait d'un veston qui l'était plus encore.

- Oh non, pensa-t-elle. S'il décroche, il va ralentir.

Déjà, elle comptabilisait les secondes et les minutes qu'il lui faudrait rattrapper. Déjà, elle se préparait à devoir augmenter les foulées.

 

Bien sûr, le vieux décrocha. Et bien sûr, il ralentit le pas.

- Oui, dit-il d'une voix mal assurée. Oui, je t'avais appelée tout à l'heure. C'est que j'avais quelque chose à te dire... Voilà, je t'aime. Oui c'est ça, je t'aime... Oui, c'est tout. C'est tout ce que j'avais à te dire... C'est pour ça que je t'avais appelée.

Elle se décida tout de même à le dépasser, le laissant continuer une conversation qui s'éterniserait sûrement un peu, mais qui ne lui appartenait pas.

 

- Alors, c'est bien vrai qu'on peut encore aimer comme un gamin à un âge où l'on n'en est plus un.

Cette idée lui plut bien. Ça ne lui donnerait pas l'envie de remettre tout de suite son amour aux enchères parce que ça non, pas question. Mais ça suffirait tout de même à faire naître un sourire qu'elle pourrait accrocher quelque part entre le bout de ses lèvres et le bord de son coeur.

 

(photo - Vincent Héquet)

 

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jeudi 22 août 2013

morvan

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vendredi 2 août 2013

Partir, c'est mourir un peu...

Fauteuil-rouge

(image Sylvain Lang)

 

Elle était là sur le trottoir, assise sur le vieux fauteuil rouge. Elle avait un enfant dans le ventre et un autre sur les genoux.

Le vieux fauteuil déglingué avait été posé là, au milieu des cartons, au milieu de leur foutoir qui rentrait tant bien que mal dans un camion qu'ils auraient voulu moins petit. Il avait été posé là, et elle s'était posée dessus. C'était à peu près la seule chose logique, à cet instant.

Le camion se remplissait, la maison se vidait, et c'était comme si plus rien ne leur appartenait. Ils étaient en transit, ni plus ici, ni déjà ailleurs. Ils étaient des électrons libres expédiés vers une destination lointaine, qui tentaient de se rassembler, de retrouver leur centre et leur périphérie. Ils étaient des exilés volontaires qui tentaient de retrouver le bien fondé de leur décision au beau milieu de tous leurs cartons.

Les affaires dans les cartons, les cartons dans le camion, le camion vers sa destination.

A ce moment-là, elle aurait juste voulu être une chose qu'on emballe dans du papier-bulles. Elle aurait voulu qu'on la porte, qu'on la cale, qu'on la déplace, qu'on l'embarque, qu'on la débarque, qu'on la déballe. Point final. C'est peut-être pour ça qu'elle s'était posée sur le vieux fauteuil rouge. Pour s'inanimer le temps d'un déménagement et reprendre vie une fois que tout serait fini.

 

Et lui, pendant ce temps, il s'affairait. Il montait, il descendait, il portait, il déplaçait... Il déployait tout ce qu'il avait d'énergie à faire rentrer leur vie dans ce foutu camion qui semblait décidément bien trop petit. "Putain, c'est juste... ça ne va jamais tenir" pensait-il au fur et mesure que le truc se remplissait. Et pourtant, il faudrait que ça tienne. Il faudrait que tout se tienne. Quel sens tout cela pourrait-il avoir sinon ?

Il s'exaspérait de voir tout ce qu'ils avaient accumulé. Toutes ces conneries qu'il fallait maintenant déménager parce que sans ça, ils ne seraient pas tout à fait les mêmes là où ils allaient. Et il fallait qu'ils soient les mêmes, les mêmes ailleurs. Il fallait que ça soit la même chose, mais juste dans un autre endroit. Il faudrait que les meubles retrouvent leurs affinités, que la musique sonne pareil, que la cuisine ait le même goût. Il faudrait que rien ne change. Ou alors en mieux...

Bon sang, comment faire pour rester les mêmes ? Il avait l'impression que chaque kilomètre qu'il s'apprêtait à parcourir l'éloignerait de lui-même. Il avait le sentiment qu'il allait se perdre en chemin. Partir, c'est mourir un peu... qu'il avait souvent entendu dire. Le truc, c'est que là, il ne savait pas très bien ce qui allait crever, et ça le faisait flipper.

 

Quand le dernier carton fut enfin calé, il se tourna vers elle qui n'avait pas bougé.

- Ça y est.

Alors, elle se leva, elle prit son sac et son enfant dans ses bras. Elle se prépara à partir, à monter dans le convoi, à rejoindre ses cartons, ses fringues, ses livres, ses meubles, son canapé, son...

- Mon fauteuil, cria-t-elle. On a oublié mon fauteuil !

Il se retourna, regarda le trottoir et le fauteuil rouge qui y était posé. Ils l'avaient oublié. Elle s'était assise dessus, et ils n'y avaient plus pensé.

- Mais il n'y a plus de place là...

- On ne peut pas le laisser ! Y'a pas moyen, on ne peut pas le laisser.

- On n'arrivera jamais à le faire tenir là-dedans. Ou alors, il faut virer des trucs.

Il était à bout de force. Il en était à ce stade où l'on a remplit le camion et où l'on ne peut plus revenir en arrière. Où l'on n'en a plus envie, où la seule énergie qu'il reste, c'est celle qui est censée nous faire avancer. Pas reculer. Pas enlever les cartons qu'on vient de charger.

- Qu'est-ce que tu voudrais enlever ? Là, ce sont les jouets du petit. On ne peut pas les laisser. Là, ce sont nos livres et nos BD...

- On ne peut rien enlever.

- Non.

- Et la table basse ? On s'en fout de la table basse, on l'avait achetée à Confo. On s'en fout, on en rachètera une.

- On l'a chargée presque en premier, la table basse. Elle est là-bas, tout en dessous. On ne peut plus y accéder...

- Alors, on va devoir le laisser ?

- Je crains que oui, ma douce. Je suis désolé.

 

Ils montèrent dans le camion. Elle installa le petit dans son siège, à moitié endormi, à moitié étonné. Il tourna la clé dans le contact, passa la première et sentit sous ses semelles le poids de leur cargaison qui décollait. Il avança sur ce boulevard qu'il avait si souvent arpenté et qui lui semblait aujourd'hui tellement étranger. La vue qu'il avait du haut de ce camion modifiait sa perception au point de lui faire croire qu'il n'avait jamais réellement vécu ici. Que le bistrot dans lequel ils s'étaient rencontrés, le platane sous lequel il l'avait embrassée, le rack auquel ils avaient si souvent accroché leurs vélos, l'école, la boulangerie, la cathédrale, la maternité... Tout ce qu'il voyait défiler du haut de ce mètre supplémentaire, c'était comme s'il l'avait juste rêvé. C'était comme si on lui reprenait ses souvenirs.

Il tourna la tête vers elle. Elle était bien là, elle. Bien réelle. Peut-être la seule chose tangible qui continuerait à lui parler de la même voix une fois qu'ils seraient là-bas. Le seul repère auquel il pourrait se raccrocher pour continuer à être celui qu'il était.

Elle n'avait pas dit un mot, fixant tout d'abord le rétroviseur dans lequel elle avait vu s'éloigner le vieux fauteuil rouge jusqu'à ne plus le voir. Relevant la tête ensuite, pour tenter de comprendre quel chemin serait le leur maintenant. Frondeuse, défiante même, face à ce qui les attendait.

- Tu y tenais tant que ça à ce fauteuil ? lui demanda-t-il pour rompre le silence et clore un chapitre qui devait l'être avant d'avoir tout à fait quitté cette ville.

- Je ne sais pas... C'était ma tante qui me l'avait donné.

- Et tu y étais attachée à ta tante ?

Elle n'en avait jamais tellement parlé de sa tante, ni même de ce fauteuil qui n'avait jamais servi qu'à entreposer les piles de linge à repasser.

- Pas plus que ça, en fait. Mais... enfin, tu sais...

- Oui, ma douce. Je sais...

 

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dimanche 30 juin 2013

On a deux vies...

 

Il lui avait dit "grimpe là-haut et tu verras", sans pour autant lui dire ce qu'il verrait là-bas...

Et c'est ainsi qu'il s'était retrouvé sur un chemin de terre dont il ne savait pas encore où il le mènerait, et qu'il ne s'était décidé à arpenter qu'à contre-coeur pressentant sans doute qu'il serait son fil à retrordre.

 

Déjà il regrettait. Il regrettait ce qu'il laissait derrière lui, ce qui devenait de plus en plus petit à chaque pas qu'il posait devant le précédent. Chaque pas qu'il faisait, il le regrettait. Et chaque pas qu'il lui restait à faire, il le redoutait tout autant. Il avançait et il ne savait pas ce qu'il foutait là, dans ce pays où ses yeux et ses oreilles résonnaient d'une grammaire qui leur était inconnue, dans ce bout du monde où un air différent remplissait ses poumons et soulevait sa poitrine à chaque respiration.

Il ignorait pourquoi il l'avait suivi, lui qui n'était même pas là, lui qui n'avait eu de cesse de disparaître de sa vie, à chaque fois. Alors pourquoi ? Pourquoi jouer encore à ce jeu-là ? Peut-être juste pour ce qu'il apprendrait de lui-même. Ce qu'il apprendrait de lui-même plus que ce qu'il apprendrait du vieux qui le décevrait sans doute encore cette fois.

- Le vieux fou, il doit bien se marrer à l'heure qu'il est !

Il s'imaginait qu'il l'attendrait là-haut sans toutefois en être tout à fait certain. Mais sa possible absence était une éventualité qu'il se refusait à envisager parce que ça l'empêcherait d'avancer. Et il lui fallait encore avancer. Avancer encore, sur ce chemin où chaque caillou ne semblait avoir été semé que pour venir se cogner sur ses godasses mal lacées, que pour venir se coincer sous ses semelles déjà bien trop usées.

Il était mal équipé et il lui semblait que ça avait toujours été le cas et qu'il n'avait aligné les chapitres de sa vie qu'en étant mal équipé pour ce qu'il aurait à y écrire. Pour autant, ça ne l'avait jamais tellement arrêté... S'il fallait bien lui reconnaître une chose, c'est qu'on ne l'arrêtait pas facilement. Jusqu'au bout il allait, même si le bout n'était pas nécessairement la bonne voie.

Et là encore, il avancerait jusqu'au bout. Jusqu'en haut. Même si au détour du chemin, le bout et le haut se dérobèrent sous ses yeux et s'éloignèrent sans crier gare. Cette montagne était un trompe-l'oeil, il aurait dû le savoir.

- Putain ! Mais qu'il aille se faire foutre... Saleté de vieux !

L'altitude qui augmentait lui faisait tourner la tête et ce semblant d'ivresse l'autorisait à un début de grossièreté.

Saleté de vieux... Il l'avait toujours appelé "le vieux", sans être lui-même tout à fait jeune encore. Et le vieux l'avait toujours laissé faire.

 

Ce n'est qu'au bout d'une heure et demi de marche supplémentaire qu'il arriva enfin à la petite maison de planches qui était censée leur servir de refuge et les abriter. Les abriter... Pas sûr que le pluriel serait de circonstance parce qu'à l'évidence personne ne l'attendait là.

"Grimpe là-haut, et tu verras" qu'il lui avait dit. Et maintenant il était là avec pour unique joie celle d'avoir réussi à y hisser sa carcasse. Et encore une fois, le vieux s'était dérobé. Encore une fois, il avait disparu. Mais fallait-il vraiment s'en étonner ?

 

La seule chose qui l'attendait ici (depuis combien de temps, il était difficile de le deviner), c'était un message griffonné à l'encre noire. C'était l'écriture du vieux sur un vieux papier buvard :

"On a deux vies... La seconde commence quand on a compris qu'on n'en a qu'une."

Avec des guillemets comme pour signifier que ces mots-là n'étaient pas les siens et qu'il lui avait fallu les emprunter à quelqu'un. Et plus bas, en beaucoup plus petit comme on aurait écrit une chose qui ne saurait être que chuchottée : Tu n'as pas eu le choix du jour de ta naissance. Et si tu t'offrais celui de ta renaissance...

 

Saleté de vieux... On dirait bien que cette fois, il avait enfin réussi.

 

 

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jeudi 7 mars 2013

10 minutes, ou 15, ou 20.

 

Il arriva avec 10 minutes de retard. Et, comme il ne manquait jamais une occasion de remarquer les retards des autres, il le savait très bien, que là, il était en retard. Et de 10 minutes précisémment, même ça il le savait. Même les minutes, il les avait comptées. Alors, il se lança dans l'explication (peut-être vraie) du pourquoi et du comment il avait été mis en retard. Car, tout ça n'était pas délibéré de sa part. Il ne saurait se permettre ce genre de liberté, les autres oui, car les autres n'ont pas le respect. Les autres, mais pas lui qui avait été bien éduqué, bien rembourré de bonnes manières et de moralité.

Alors, dès le pas de la porte, il expliqua la file d'attente au restaurant pour réussir enfin à payer. Il expliqua même plus que ça, la nouvelle Direction, la réorganisation des cuisines... Comme si son retard ne pouvait être excusé que par une explication d'au moins égale durée. Et tout en parlant, tout en expliquant, il prenait l'air désinvolte de ceux qui ne sont pas censés avoir quelque chose à se reprocher. Il avait l'air de quelqu'un qui ne souhaite pas que l'on remarque (et surtout que l'on juge) son péché. Et il y ajouta l'air affecté de celui qui, tout de même, est un peu désolé. Juste au cas où la désinvolture ne marcherait pas tant que ça.

Et ça fait un drôle de mélange, la désinvolture affectée, un truc pas très net qui a des relents de malhonnêteté.

Il ponctua son monologue d'un regard inquiet. Allait-il voir s'ajouter à la honte dont il s'était lui-même affublé, les reproches (légitimes) qui devaient nécessairement l'accompagner ? Allait-il devoir riposter, se défendre, faire preuve d'une mauvaise foi qui semble être le seul recours dans ces cas-là ? Car il avait été habitué à devoir toujours tout justifier. Et de cela, peut-être, on ne s'en défait pas. Ou pas tout à fait.


Mais pour toute réponse, il n'aurait que du silence. Pas même une once de désapprobation. 

Alors ça aurait marché ? L'air désinvolte mais affecté, l'explication détaillée qui l'aurait presque rendu héroïque de n'accuser que 10 minutes de retard là où d'autres n'auraient sans doute pas réussi à faire mieux que 15 ? ça aurait vraiment marché ?

Pas vraiment, en fait. C'est pas vraiment que ça avait marché. Pas du tout même, parce qu'il n'aurait pu tromper personne tant il empestait la culpabilité (et se sentir coupable de quelque chose fait souvent de vous un parfait suspect). C'est juste que 10 minutes, ou 15 s'il avait été moins héroïque, ou même carrément 20 s'il avait cédé face à l'adversité, peu importait. Ces 10 minutes, ou 15, ou 20, dont il perdait son temps (encore) à essayer de s'expliquer, c'est juste qu'au fond, vraiment (oh oui vraiment), elle s'en foutait. Et que la seule chose à laquelle elle pensait depuis qu'il avait commencé à parler, la seule chose qui vraiment lui importait, c'était à quel moment enfin il se tairait.

Bon Dieu oui, à quel moment, enfin, il se tairait !

 

 

 

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jeudi 14 février 2013

J'ai gagné en lumière, qu'elle disait sans tout à fait se rendre compte à quel point c'était vrai...

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"J'ai gagné en lumière". Depuis quelques temps, elle le répétait souvent, j'ai gagné en lumière. Elle parlait de son nouvel appartement qui avait deux baies en façade. Et ça en faisait de la lumière, tout ce soleil. Surtout le matin. Elle parlait de ses horaires. Une demi-heure plus tôt, elle finissait. Une demi-heure qu'elle avait gagné sur la nuit. Et ça se voyait. Surtout l'hiver. Au final, elle avait tout décalé. Tout recalé aussi. J'ai gagné en lumière, qu'elle disait sans tout à fait se rendre compte à quel point c'était vrai. A quel point c'était peut-être même la lumière qui l'avait gagnée à l'obscurité et à la noirceur. "Depuis l'année dernière, tu vois, bien des choses ont changé, lui dit-elle un jour. Depuis l'année dernière, j'ai gagné en lumière". Se rendait-elle compte qu'au fond, ça n'avait peut-être rien à voir avec la nouvelle orientation qu'elle avait donné au soleil ? Se doutait-elle seulement que c'était d'une toute autre lumière dont il s'agissait là ? De celle sur laquelle on ne referme pas les volets. "Oui, c'est bien vrai, lui répondit-il. Depuis l'année dernière, tu as gagné..." Parce que tout ça, en vérité, c'était juste de l'ordre de la victoire.

 

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jeudi 7 février 2013

Message urbain

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samedi 26 janvier 2013

Et de l'amitié, oserai-je t'en parler ?

 

 

 

papier

"[...]

- ça te dirait de venir boire un verre, ou un truc dans le genre ?

 - En fait, je crois que je ne suis pas prêt... pour un verre. Ou pour un truc dans le genre. J'crois que j'suis pas prêt pour tout ça. Encore une fois. J'suis pas prêt à laisser une fille me sourire, à la suivre, peu importe où. A me réjouir qu'elle se soit épilé les jambes. J'suis pas prêt à laisser une fille se faire jolie pour moi, j'suis pas prêt à trouver qui que ce soit de joli en fait. Pas prêt du tout... Je ne veux pas de tout ça, pas maintenant. Le premier verre, le dernier verre, et tout qu'il y aurait entre ces deux verres. J'suis pas prêt...

Elle avait bien eu envie de tout de suite l'arrêter, de lui dire que non, non, non, ça n'était pas du tout de cela qu'il s'agissait. Qu'il se gourait, ah ça oui, il se gourait ! Que ça n'était pas le premier verre avant le dernier verre, et que d'ailleurs, elle n'était même pas épilée (au cas où ça pourrait le rassurer)... Il avait l'air un peu affolé, et elle n'avait jamais tellement aimé ça chez un homme. Parce que l'affolement, c'est un peu comme l'antichambre de la lâcheté.

Et lui, il était affolé. Affolé de lui-même. Et ça le faisait parler, parler, parler, d'une traite sans s'arrêter. Il avait la logorrhée de ceux qui s'étaient tus trop longtemps. Elle savait exactement de quoi il s'agissait, mais tout cela la dépassait. Elle savait qu'au delà de tout ce qu'il disait ne pas être prêt à vivre, c'était tout ce qu'il avait déjà vécu qui se dessinait.

Et elle le laissa faire. C'était comme un genre de solidarité que se devaient les gens qui avaient habité très longtemps la même sorte de fêlure. Elle l'écouta sans intervenir parce que dès la première phrase, dès le premier mot, elle avait compris. Elle se contenta d'écouter sa litanie, se disant que tout cela manquait singulièrement de virgules (ça ne serait pas la première fois que la ponctuation lui servirait de refuge).

Quand le rythme de ses mots commença enfin à ralentir, elle sut que bientôt il s'arrêterait de parler pour de bon. Et que ça sonnerait sans doute le signal du sauve-qui-peut qui lui ferait tourner les talons. Après ça, il n'aurait de cesse de l'éviter... L'affolement, la lâcheté, c'était presque écrit d'avance.

Elle sentit que le seul moyen de l'en empêcher, c'était sans doute de l'interrompre maintenant, avant qu'il ne s'arrête de lui-même. L'interrompre... comme on change à toute force l'aiguillage, avant que le train ne déraille. Alors, elle décida qu'il y aurait quelque chose entre eux au-delà de cet instant, quelque chose d'autre que l'évitement. Alors, elle décida de l'empêcher de dérailler.

Et elle posa ses mots, juste entre les siens :

 - Et pour de l'amitié ? Tu te sentirais prêt pour de l'amitié ?"

 

 

[Ceci est une "fiction". Toute ressemblance avec quoi que ce soit ne serait que pure coïncidence.Sans déc'...]

 

 

 

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mercredi 21 novembre 2012

Le comprimé de vitamines est soluble dans l'eau en tout juste deux minutes

effervescent

 

Le comprimé de vitamines est soluble dans l'eau en tout juste 2 minutes. Tout comme l'aspirine des lendemains de fête, qui semble pourtant toujours prendre un peu plus de temps. Tout comme le rire d'un gosse dans une foule de braillards.

Il faut beaucoup moins de temps à la grenadine pour se mélanger à l'eau, au sucre pour fondre dans le thé, et aux regards de 2 âmes soeurs pour se reconnaître et ne plus jamais se quitter.

La glace est soluble dans le Ricard en environ 10 minutes (pour peu que le climat ne soit pas trop chaud).

Le chagrin d'un amour blessé est soluble dans les jours qui passent en quelques mois, voir quelques années (à ce sujet, les points de vue diffèrent).

Le temps de travail règlementaire est soluble en 35h00 sur une semaine, et en plusieurs dizaines d'annuités sur toute une vie.

L'enfant est soluble dans le monde en 9 mois, parfois moins.

L'amour est soluble dans le couple en si peu de temps qu'on se demande si ça en vaut vraiment la peine.

Et, si la vie est soluble dans la mort en l'espace de quelques secondes, il semblerait pourtant qu'il faille toute une existence pour résoudre son insoluble mystère.

 

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dimanche 2 septembre 2012

"Je n'en suis pas très sûre, mais je crois bien que le tilleul est parmi mes arbres préférés"

 

Dans les années '80, il y avait une école tout au bout d'un chemin qui bordait de grands champs. Il y avait des gamins qui, par petits groupes, s'y rendaient chaque matin. Par petits groupes, parce que c'était la règle : pas de tout-petit sans au moins un très grand pour lui tenir la main.

Dans les années '80, il y avait une école. Ou plutôt deux. On ne sortait de la première que si l'on savait suffisamment bien lire et écrire pour pouvoir entrer dans la seconde. Pas vraiment de niveaux, pas vraiment de différences à part celle-là. Parce que c'était la règle : tout le monde pouvait profiter de tout le savoir qui se répandrait là.

Alors, dans la petite école tout au bout du chemin, il arrivait parfois qu'un petit finisse, en une ou deux années, par en apprendre tout autant qu'un grand. Il est même arrivé plus d'une fois qu'une toute petite souffle les réponses à ceux, plus âgés, qui ne les savaient pas.

Dans les années '80, à l'école du bout du chemin, il y avait, pour ceux qui le voulaient, de la place pour toujours plus travailler. Parce que c'était la règle : l'envie d'apprendre, de recevoir et de donner ne saurait être bridée. Alors, ceux qui aimaient peindre peignaient, ceux qui aimaient lire lisaient, ceux qui aimaient écrire écrivaient, et ceux qui aimaient jouer, tout autant, le pouvaient.

Dans la cour de la grande école du bout du chemin, il y avait un immense tilleul. On ne savait pas très bien quand il avait été planté. Ses racines, chaque année, grossissaient et finissaient même par déformer le bitume sous les pieds. C'est dans ses feuilles qu'à l'automne, les enfants se roulaient. C'est à ses branches décharnées que l'hiver se voyait, c'est à ses fleurs que le printemps se sentait. C'est à son ombre que l'été, tous ont fini, un jour, par se quitter.

Emportant dans leurs poches quelques bouts d'une enfance qu'ils sentaient s'éloigner. Des fleurs desséchées, des souvenirs de colle, d'estrade et puis de craie, la chaleur du vieux poêle, la lumière des néons, les compèt' de marelle, et le grincement du vieux taille-crayon... Et puis, peut-être aussi, une sorte d'intuition que de tout cela, un jour, il leur faudrait faire quelque chose. Parce que c'était la règle : en apprendre suffisamment pour être, et en savoir assez pour faire.

 

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samedi 25 août 2012

Jeudi... quand on avait failli dormir dans la cabane sur le palier.

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10h00 - Maman... Et si on construisait une cabane sur le palier ?

10h25 - Maman... Je peux t'emprunter du tissu ? C'est pour faire le plafond de ma cabane. Et puis les murs aussi...

10h52 - Maman... Tu peux venir m'aider ? ça ne veut pas tenir du tout. Tout s'écroule, c'est nul.

11h10 - Maman... Je peux installer mes affaires dans la cabane ?

11h35 - Maman... ça y est, j'ai tout monté. Mes habits, mes doudous, mes jouets. Et même mon coussin.

12h15 - Maman... Est-ce que je peux manger dans ma cabane ?

14h00 - Maman... Dis, Maman, je pourrais dormir dans ma cabane cette nuit ? Dis oui, s'te plait !!!

16h30 - Maman... Pourquoi tu veux pas que je dorme dans ma cabane ? Mais non, je ne vais pas déranger ma soeur. Mais oui, je vais la laisser tranquille.

18h45 - Maman... S'te plait... Je peux dormir dans ma cabane ?

19h30 - Maman... t'es la plus cool des mamans. Tu peux m'aider à monter mon lit ?

20h30 - Maman... Tu peux laisser la petite veilleuse allumée.

21h00 - Maman... J'ai un peu peur là-haut, dans ma cabane. Mais oui, je sais bien que ma soeur est juste à côté. Mais j'ai tout de même peur, moi.

21h15 - Maman... S'te plaît, on pourrait pas redescendre mon matelas pour que je dorme dans ma chambre normale ?

21h27 - Maman... C'était bien dans la cabane, mais c'est tout de même mieux de dormir dans son vrai lit.

 

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vendredi 24 août 2012

 

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vendredi 17 août 2012

A nous seules, ce jour-là, s'offrait une utopie...

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...Et parce que, quoi qu'il arrive dans la vie, il faudrait toujours se souvenir qu'après les manoeuvres de pompes, il y a un concours de bonheur.

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dimanche 29 juillet 2012

Le jour idéal pour ça, c'est un jour où il ne pleuvrait pas

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Le silence trouve parfois son explication dans l'insondable banalité d'un déménagement et d'une connexion internet qui tarde un peu trop à revenir. Pas de mystère, pas de bouderie, pas de drame ni d'espièglerie. Juste des cartons et des meubles qui traversent la ville, le seul jour de la semaine où le temps a décidé d'être beau. Juste une ligne téléphonique qui avait décidé, quand à elle, de ne pas suivre le même chemin et de se faire désirer un peu plus que l'habitude ne le permet.

 

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samedi 23 juin 2012

Volatiles

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dimanche 3 juin 2012

A la fin, nous étions sept sur un quai de gare...

Au début, c'était juste une rencontre. Ils devaient arriver vers 17h00, repartir le lendemain. On les attendait, juste portés par l'envie que ça soit plus qu'un passage. Sans toutefois tellement savoir ce que, eux, ils en attendaient.

 

Au début, c'était juste des présentations. Le truc un peu formel où on laisse parler ceux qui se connaissent déjà, et qui nourrissent l'espoir secret que tout le monde se reconnaitra... Ce moment étrange où l'on réajuste ses a priori, tout en ne sachant pas encore très bien si cette idée-là de se rencontrer, était une bonne idée.

 

Quelques mots, quelques regards encore un peu gênés, et des sourires qui trahissaient déjà un peu les bons moments à venir. Les timidités se cachaient encore derrière les rires maladroits, mais déjà l'on pouvait sentir que l'idée de cette rencontre n'était pas tout à fait mauvaise.

 

Ensuite, il y a eu tellement. Les mots et les rires, les sopés et les cheese-cake, la lune pas tout à fait pleine, la cathédrale un peu trop à droite, le thé dans la cuisine, le petit déjeuner sous la glycine, les cafards qui sortaient du tuba, et les enfants assis devant l'histoire, les tartines au milieu des livres, le jubilé, et les crayons arc-en-ciel...

 

Et puis, si vite est arrivée la fin. Ce moment étrange où l'on en veut un peu au temps d'être passé si vite, et où l'on essaie de tricher un peu avec l'heure qui passe. Tout en sachant qu'on ne pourra pas lui échapper longtemps. On fait comme s'il ne fallait pas se presser, on laisse partir le train de 18h50. On rêve à une deuxième soirée passée ensemble, une autre nuit et encore une autre journée. On essaie de repousser le moment de se séparer. On se résigne à se diriger vers le train de 19h14. On se dit un premier au revoir qui ne sera pas le dernier.

 

Et puis, il y a eu la fin. C'était juste une rencontre. Ils devaient repartir. Alice et Valéria pas très loin, à Paris, Till et Alexis beaucoup plus, à Strasbourg et Marseille. Mais il y a des gens que l'on ne quitte qu'à regret. Alors, on se surprend à calculer les kilomètres qui nous sépareront de ces gens-là qu'on va laisser monter dans ce train-là. Combien d'heures jusqu'à eux ? Combien de temps avant de les retrouver ? Alors, on échafaude des plans en forme de stratagèmes pour un jour se revoir.

 

A la fin, nous étions sept sur un quai de gare. Sept à se promettre trois jours ensemble, peut-être quatre. Au bord de la mer, ou à la campagne. Ici ou ailleurs, juste nous. Sept sur le quai d'une gare, à se dire un ultime au revoir, avec au creux des yeux, des regards qui n'avaient plus besoin de mots pour dire ce qu'ils avaient vécu.

 

Sept sur un quai de gare. Jusqu'au coup de sifflet qui, dans un mouvement arithmétique impitoyable, nous a transformé en 4+3. Quatre derrière la vitre d'un train qui commençait déjà à s'éloigner. Trois sur le quai d'une gare, qui s'obligeaient à retenir au-dedans des larmes dont elles ne sauraient pas très bien si elles couleraient de la tristesse de voir le train partir si vite, ou du bonheur de ces deux jours passés ensemble.

 

 

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mercredi 30 mai 2012

Quand on oubliait que c'était un soir de semaine... Et que, finalement, ça nous arrangeait bien.

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Envoyer valdinguer la routine, renvoyer le quotidien dans ses cordes, défier les conventions, prier la morosité d'aller se rhabiller, chambouler l'ordre des jours et réinventer la semaine, inviter la fantaisie à venir s'empiffrer de saucisson et de chips, se chercher une bonne raison de remballer, ne pas en trouver. Ah si... finalement, se souvenir que demain c'est jour d'école, et qu'il faudra se lever tôt. 

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samedi 26 mai 2012

Quand à nos ombres, le soir, se mesurent nos journées

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lundi 14 mai 2012

Du vernis qui déborde à force de trop en mettre

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Dix ans qu'on se connaît. Aujourd'hui tout juste.

Dix ans, c'est pas rien... ça laisse le temps à plein de choses, ça tisse, ça entremêle, et ça finit par se voir tous ces fils qui se sont enchevêtrés les uns aux autres, une année après l'autre. C'est comme un truc qui nous tient.

Dix ans. Punaise... Il fallait fêter ça. Un truc différent, un truc plus grand, un truc qui change des autres fois.

Dix ans, son premier âge à deux chiffres. Et son premier vernis.

Je lui ai demandé ce qu'elle avait pensé de ses dix premières années. Elle m'a dit "J'ai bien aimé..." Elle ne m'a pas demandé ce que moi j'en avais pensé de ses dix premières années. Mais forcément j'aurais copié parce que moi aussi, j'ai bien aimé.

 

 

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dimanche 13 mai 2012

Leitura furiosa - Samara natura

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Posté par ka li la à 19:23 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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